Il n'y avait pas que de mauvaises nouvelles.
En ce mois de décembre des années 10, les pôles fondaient sous l'effet du réchauffement climatique et transformaient l'Europe Occidentale en Sibérie paupérisée par le capitalisme spectaculaire marchand: d'ailleurs, il était finalement très cohérent qu'à la financiarisation généralisée du réel correspondît un nouvel age glaciaire.
Mais bon. Le Guépard. Le Guépard en salle, dans une version remastérisée.
Il eut l'envie presque physique de se retrouver dans la beauté explosante fixe de Donnafugata. Et sur grand écran, parce que Le Guépard, c'était quand même le film qu'il avait vu trente ou quarante fois, mais souvent dans des lits d'étudiantes, le dimanche soir, sur la troisième chaine de télés vacillantes.
Là, seul enfin, dans une grande salle, retrouver ce qui faisait le monde d'avant, ce qui faisait l'élégance des temps endormis, ce qui faisait que le film le plus politique de tous les temps fût aussi le plus sensuel. L'Histoire, c'était un peu de transpiration sur les tempes de Claudia Cardinale le soir du fameux bal, autant que la fusillade des derniers garibaldiens, en bas, dans la ville, au petit matin.
Et puis, comme le Prince Salina auquel il s'identifiait de plus en plus en vieillissant, il aimait l'idée d'assister à la fin de tout ce en quoi il avait cru mais de le faire dans un costume de soirée impeccable, un cigare à la main. D'être partagé entre une ironie discrète, désespérée, polie et l'éternelle fascination pour la beauté de la jeune fille, comme un démenti à tous les pessimismes. La jeune fille qui va rendre, malgré elle, encore plus douloureux ce désir de partir, de s'effacer, de se confondre enfin avec le bleu du Temps dans le ciel de Sicile, et pour toujours.


0 Yorumlar